Un jour au travail, comme tant d’autres en semaine, légèrement ennuyeux. A l’heure de la pause, quelqu’un se hasarde à aborder le sujet, sans passion, il n’y aura aucune empoignade les gobelets ne voleront pas.
«Mais que font les syndicats? D’autant, vous allez rire, que les cinq organisations représentatives ne sont pas majoritaires à la Bred et quand elles sont majoritaires, elles ne sont pas représentatives.» Bref silence autour de la table.
Les voilà bien embarrassés eux qui déjà n’adhèrent à aucune organisation. Peut être l’un d’entre eux fait l’exception mais quand il s’agit de se réconcilier contre ces mauvais sujets de syndicalistes, tout est bon.
Oui, enfin pas vraiment. Pour eux il n’y a qu’un seul syndicat de valable: le Medef celui qui les fait travailler à flux tendus, qui leur retire tous les avantages sociaux, tous les acquis qui s’envolent comme bulletin dans les urnes.
«C’est drôle, intervient une voix en bout de table, mais je connais des élus qui restent à leur poste de travail et qui ne s’absentent jamais»
«Ah bon!, répond un interlocuteur, celui là doit être sacrément efficace, et bien vu de la hiérarchie. Prendre des mandats et ne pas les exercer ça c’est fameux!»
«Celui-là au moins ne défendra personne! Répond un participant en attente d’une prime depuis plusieurs mois.»
Et voilà comment on évite une engueulade, en devisant sur les représentants du personnel et les élus. Nous inventons? A peine!
Ces bribes de conversations, entendues ici et là, résultent le plus naturellement du monde de la folie de certains désenchantés qui attendent tout des autres, mais qui courbent l’échine, et tête dans le guidon ignorent, et leur condition, et leur vie sociale, sauf s’ils sont en bons égoïstes personnellement concernés par une tourmente.
Car contrairement à ce que nous évoquons, ils sont alors les premiers à venir demander conseil aux syndicalistes qui soudainement deviennent très intéressants.
Certes, ils sont petits et n’ont aucun respect des autres mais s’ils mentent à eux-mêmes le crime n’a pas besoin d’être avoué.
Il résulte de toute une manipulation, il est commis en aval du monde du travail comme un venin dans la société. Quand tout un chacun biaise avec sa vie de salarié il finit par mépriser sa propre condition.
Le cas présent est évidemment trop éloquent. Il est pourtant le pur produit des racontars, des tactiques patronales qu’il est de bon ton de reprendre afin d’éviter des problèmes. Voici une façon d’agir qui continue de gonfler, et qui peut éclater à tout moment.
Les représentants du personnel et les élus méritent plus d’égards, aussi le comportement des malveillants doit être transformé. L’invasion du mépris n’est pas la bonne méthode pour le climat social.
La preuve en date est cette ridicule conversation, ce produit périmé issue d’une haine farouche qui n’est pas à l’aise avec les symboles de l’histoire ouvrière. Ce ne sont pas les mots qui posent problème, c’est la bêtise.
Comme s'il était impossible de vivre sereinement, comme s'il fallait renoncer à reconquérir l’électorat, à revendiquer de vraies mesures sociales.
A faire du syndicalisme la bête noire de l’entreprise on finit par devenir cynique. Changeons les comportements.
